23/11/2007

23/11/07 - 17:22

Mes douces montagnes

Beaucoup de parisiens sur ce site. Et souvent, quand je dis que je suis originaire des Vosges on se fout de moi, il faut bien l’avouer.

Alors je vais vous parler de chez moi, comme je le vois, comme je le ressens, en espérant que cela vous en donnera une autre image que celle que vous en avez...


Les Vosges, c’est un massif très ancien, le pays du grand froid, des tourbières boréales, du lynx et, bien sûr, des lutins. Quand j'étais petit, je leur laissais à manger sur le rebord de la fenêtre en hiver.
Sur les crêtes, on relève la même température qu’en Islande et dans les forêts profondes, le grand tétras (un oiseau très rare) se contente de lichens, comme les rennes de Laponie. Elles culminent à 1450 mètres, mais leur position géographique induit ce climat extrêmement rude.



Quand je rentre chez moi, je suis heureux comme un gosse. Je pars dans les montagnes à peine les sacs posés. Il neige de la pluie, il pleut de la glace, mais je saute comme un cabri sur un tapis de tourbe ondulante et tremblante. Sous les deux mètre d’épaisseur il y a cinq ou six mètres d’eau. Il faut faire attention aux « gouilles », ces trous dans lesquels nombre se sont déjà noyés. Et si le vent se lève, les tapis de tourbe dérivent : ils peuvent se déplacer sur plusieurs mètres en quelques heures… Nous sommes à seulement 2h30 de TGV de Paris, mais c’est un autre monde. Ma tourbière préférée c’est celle de Kichompré : elle transporte au premier regard dans l’Arctique, en pleine toundra. Rose et rousse, cuivre et brune, éteinte autant que resplendissante, elle est entourée de bouleaux des Carpates et d’épiceas géants couverts de lichen. Ce n’est pas seulement beau, c’est poignant, électrisant.



Ici le climat, la faune, la flore font de la résistance. Des cirques glaciaires aux crêtes, des tourbières aux hêtraies d’altitude, dont les arbres ne dépassent pas les deux mètres de haut, tant les conditions sont rudes, le massif vosgien est une enclave nordique en pays tempéré.

Après la ballade on se retrouve dans une délicieuse cabane en bois qui sert de refuge. Avec un verre de vin et un morceau de munster divin, tandis que crépite le petit poêle.



On rencontre le chamois sur les crêtes. La neige est tombée, une neige jeune et humide, qui transfigure les Hautes-Chaumes, ces 5000 hectares de landes, d’arbustes courbés et de bosquets qui courent sur 70 km de sommets, en un vaste conte de Noël. Sur les crêtes vosgiennes, la courbe thermique est la même que celle de Reykjavik, capitale de l’Islande : jamais plus de 11°C en juillet. La végétation qui y pousse est en partie « primaire ». Les crêtes n’ont jamais été touchées ni modifiées par l’homme.



Noir et blanc : le monde ici se simplifie et se magnifie au passage, en devenant plus essentiel. Un sorbier dans la pente glacée, toute petite chose penchée ; un grand corbeau qui flotte au ciel ; le triangle blanc de l’entaille d’un près dans le noir d’une sapinière. De partout, de la plus petite combe, du plus profond de la vallée, montent fumées et fumerolles, de grandes ou minuscules brassées de brume effilochée.



Un long arrêt au dessus de la Petite Meurthe, rivière bondissante, à regarder les grives, dans un rayon de soleil, s’emparer des dernières baies de gui dispersées jusqu’à la cime des sapins. Une incursion dans le grès, sur une falaise couverte de pins sylvestres, où attend perché un faucon pèlerin. Une marche de nuit en forêt, à patauger et à glisser en riant, puis à écouter l’étrange silence habité. Il y a dans l’air une odeur d’herbe sèche, mais mouillée par l’hiver. Cette odeur ! Ca me rappelle tellement de souvenirs, tellement d’images ! Ca bouillonne en moi !

commentaires

23/11/07 - 17:34

Ouah, c'est beau ! Même (surtout) pour un parisien ! ;-)

23/11/07 - 17:41

Moi je ne me sis pas moqué, je connaissais, et à moi aussi ça me rappelle des souvenirs^^

23/11/07 - 18:10

Bien des souvenirs d'enfance du côté d'Epinal...

23/11/07 - 18:40

En tout cas ta descritption donne envie d'y aller faire un tour. Après seulement je pourrais comparer avec le Vercors qui m'est cher.

23/11/07 - 19:32

Je connais bien le Vercors aussi. Mon copain vient de là-bas et ses parents y habitent. Pas du tout pareil. Le Vercors c'est beaucoup moins nordique. Déjà la pierre claire change beaucoup du grès rouge et du granite des Vosges.

23/11/07 - 21:35

bon bah ça c'est un post qui vallait le coup....merci accio, t'as l'air bien ds ta branche "tourisme", en tout cas ça donne et tu donnes envie.....prochaine étape la corse.....si si, on se relache pas....^^

23/11/07 - 22:02

tres bien ecrit ça donne envie. et ceux qui rient sont des cons… c'est beau les Vosges, ces montagnes qui vous poursuivent en Alsace, cette ligne bleue, comme on dit, qui vous suit.

24/11/07 - 02:23

Et dire qu'il y en a pour préférer la plaine...

26/11/07 - 01:08

Tes photos sont très belles. Le blog est agréable.
J'aimerais prendre la seconde photo comme fond d'écran.

04/12/07 - 13:31

Très belle évocation, merci !

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